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L’e-formation a vu le jour en France au début des années 2000. Depuis son arrivée sur le marché français, l’e-formation ou ce que l’on appelle plus communément l’e-learning, a connu plusieurs phases de développement, allant de l’implémentation du simple outil informatique de gestion des parcours à la création de contenus pédagogiques sur mesure. Quel est le bilan de l’e-formation au bout de dix ans d’existence ? A-t-elle réussi son pari de détrôner les cours traditionnels auprès des salariés français ? Quelles sont les nouvelles tendances du secteur?
La France reste largement en retard par rapport à ses voisins européens en matière d’e-learning en entreprise. Chose qui en étonnera plus d’un, étant donné le large dispositif législatif mis en place permettant aux salariés de se former dans le cadre professionnel. Entre VAE, DIF et CIF, les salariés français ont le choix. Et pourtant, ils sont plutôt passifs pour ce qui est de leur formation et privilégient rarement les solutions en e-learning.
Ainsi, seuls 19% d’entre eux en ont déjà suivi une contre 37% des allemands, 42% des Anglais et surtout 57% des espagnols.
Les raisons de ces disparités sont diverses : l’e-formation a été reconnue assez tardivement par les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) et les Fonds de Gestion des Congés Individuels de Formation (Fongecif). Ce n’est, par exemple, qu’en 2009 que le Fongecif - Ile de France a signé avec le CNED une convention en expérimentation pendant deux ans pour favoriser les parcours de formation ouverte et à distance dans le cadre du CIF.
On remarquera qu’en dix ans, l’e-learning ne représente que 5 à 10% du budget formation des entreprises françaises. L’aspect e-learning a donc été très peu mis en avant par l’état français contrairement par exemple à l’état espagnol qui investit environ 8 euros par module e-learning et par apprenant.
Les salariés français ont aussi tendance à préférer l’e-learning lorsqu’il est mêlé à des formations présentielles ou tutorées, ainsi presque 50% d’entre eux optent pour des formations en Blended Learning, mêlant cours en face à face ou visioconférence et modules d’apprentissage électroniques, idée confortée par les décideurs RH également qui estiment à près de 80% qu’une formation e-learning doit être envisagée en complément de cours présentiels.
Les français choisissent l’e-learning surtout pour des formations en informatique, en langues et des formations orientées métiers. Pour ce qui est des formations en management, RH et développement personnel, les salariés français considèrent que le réalisme des situations et l’interactivité nécessaires à la réussite de ce type de formation ne peuvent être satisfaits par le format e-learning, ainsi uniquement 10% des formations dans ces domaines sont dispensées sous format électronique.
Mais l’une des principales raisons de ce retard, reste le peu d’implication des français dans leur formation professionnelle malgré les différents dispositifs. Dans les autres pays européens, tels que l’Allemagne ou l’Espagne, près de 70% des salariés sont les propres initiateurs de leur formation, alors que seul un salarié français sur deux est à l’origine de la sienne ou prend la décision conjointement avec son manager. Pour l’autre moitié, la décision provient des supérieurs et est vécue avec une certaine passivité. Le rôle des managers dans la gestion de la période post-formation et dans l’évaluation des compétences acquises suite à une e-formation est aussi très peu fréquente auprès des managers français contrairement à leurs homologues britanniques par exemple.
Les réticences culturelles des salariés restent le principal frein au développement de l’e-formation en France. Dans les autres pays européens et aux Etats-Unis, le salarié est responsabilisé par rapport à l’acquisition de son savoir et de sa formation professionnelle. En France, les choses sont différentes, le salarié français est en quelque sorte habitué à ce que ce même savoir lui soit transmis par un expert et que le processus soit organisé par son employeur, car c’est ce même employeur qui décide des compétences à acquérir pour tel ou tel poste.
Les salariés français sont également méfiants vis-à-vis des contenus et méthodes d’e-learning présentes sur le marché car l’hégémonie des Etas-Unis dans l’industrie provoque une certaine crainte de l’uniformisation et l’américanisation du savoir. Aussi, cette dominance américaine fait qu’une grande majorité des solutions disponibles sont en anglais, ce qui bien évidemment crée un blocage auprès des salariés français.
Du point de vue des décideurs RH, malgré une certaine ouverture aux nouvelles formes d’apprentissage en e-learning, notons qu’uniquement 12% des RH sont absolument contre l’e-learning, ils restent très attachés aux cours et approches plus traditionnels. Qui plus est, la mise en place d’un système d’e-learning est souvent gérée en dehors de la fonction RH, sous la responsabilité d’un chef de projet non intégré au service des ressources humaines. Hors les dispositifs d’e-learning prennent tout leur sens lorsqu’ils font partie intégrante des dispositifs de formation pensés et conçus par les responsables de formation.
Cette réticence des salariés français envers l’e-learning se ressent également vis-à-vis des nouvelles méthodes d’apprentissage telles que la visioconférence ou le Mobile Learning. Alors que nos voisins consomment tout autant de cours en présentiel que nous, ils n’éprouvent aucune difficulté à varier les modalités et les supports en intégrant à leur formation des « virtual class » ou des serious games sur supports mobiles. Les français restent très friands des cours en salle et ont tendance à délaisser les nouveaux outils électroniques et outils de collaboration disponibles en ligne, tels que les blogs, les wiki, les podcasts…
Aussi, les salariés français les plus concernés par l’e-formation sont les cadres, le personnel administratif et les managers. L’e-formation reste donc assez élitiste en France, car les « low profile » ou les postes intermédiaires sont souvent écartés de ce type de formation.
L’avenir de l’e-formation
Le grand décollage et la consécration du e-learning sont prévus pour cette année. Selon les prévisions de plusieurs experts du secteur, la France rattraperait son retard dans les deux ans à venir où l’e-learning pourrait représenter 30 à 40% des budgets formation au lieu des 5 à 10% actuels.
Les raisons de cet inversement de tendance sont diverses, mais convergentes.
Les demandes de formation dans le cadre du DIF, dispositif peu connu des salariés il y a peu, ont augmenté de façon exponentielle. Les grands groupes doivent faire face à une demande grandissante, dans laquelle les directeurs des ressources humaines et directeurs de formation doivent relever le défi de répondre à l’activation de ces demandes, mais aussi d’assurer l’efficacité des formations suivies. Face à des problématiques telles que la gestion du fort taux d’absentéisme des salariés dans les cours en salles, l’immobilisation des salariés en dehors de leur lieu et horaires de travail et l’organisation que peut supposer une formation, l’e-learning semble être la solution parfaite à toutes ces problématiques. Des groupes tels que BASF et Renault Trucks ont fait par exemple le choix des solutions Blended Virtual Class de YES© Your English Solution, mêlant modules d’e-learning et cours en visioconférence pour leur projet de formation à l’anglais.
L’e-formation répond également aux problématiques de coût qui sont imposés à de nombreuses directions des ressources humaines suite aux coupures budgétaires, car permettant de former facilement des collaborateurs dispersés géographiquement et de dématérialiser supports de cours ou salles de formation.
L’e-learning aura le vent en poupe lors des prochaines années car le panel des outils proposés s’élargit et deviendra de plus en plus collaboratif. Ainsi la secrétaire d’Etat chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, soutient inconditionnellement le développement du Serious Gaming et les outils Web 2.0 pour la formation professionnelle dans le cadre du plan de relance numérique.
La France est donc dans une bonne dynamique concernant l’e-formation, avec des outils de plus en plus modernes répondant aux besoins des entreprises et la présence des nouveaux outils web 2.0 dans la formation tels que les réseaux sociaux, les blogs, l’internet mobile ou encore le Serious game. Cette richesse et cette diversification de l’offre pourraient bien être la clé de la démocratisation de l’e-formation auprès des salariés français.