Il y a trac et stress. Alors que le premier disparaît quand nous sommes en situation, le second peut saboter nos chances de réussite en entretien d’embauche. Pour apprendre à gérer notre stress, faisons de la place à nos émotions, elles ont beaucoup à nous dire, pour notre bien, dès lors qu’on les reconnaît. Place aussi à l’action et au travail sur soi, car personne ici ne vous dira que ça se fait tout seul.
Un entretien d’embauche, est–ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille est–ce que ça vous stresse ou est–ce que ça vous donne le trac ? Attention, ne confondons pas !
Le trac est une anxiété d’anticipation, qui monte au fur et à mesure que l’échéance se rapproche pour disparaître progressivement ensuite. « Il est une réaction parfaitement normale dans une situation à enjeu et, la plupart du temps, il disparaît dès quon rentre dans cette situation », explique Sylvaine Pascual, coach et fondatrice d’Ithaque Coaching. Le trac ne dure en général pas plus de deux jours, au–delà, on parle d’inquiétude chronique. Celle–ci, qui génère du stress, se rapproche probablement plus de la sensation de ne pas se sentir à la hauteur, du manque de confiance en soi et s’aborde différemment. « Le stress est un excès d’émotions négatives non gérées et quand on se sent stressé, il faut d’abord identifier les sensations qui génèrent le stress, c’est-à-dire s’attaquer au déclencheur plutôt qu’à l’alarme », pointe–t–elle. Quand on cherche un job depuis plus de six mois par exemple, on peut ressentir de l’inquiétude, de la peur. Voilà, l’émotion est nommée.
Identifier ses émotions
Le stress, mot fourre–tout. Qui plus est, une stridence dans l’oreille. Une sacrée dépense d’énergie face à une situation perçue comme une menace. À force de l’utiliser pour désigner toute situation inconfortable ( ?) perturbante ( ?), contrariante ( ?), angoissante ( ?), on oublie les émotions auxquelles il est relié. « L’émotion n’est générée que par soi–même face à une situation extérieure, l’autre n’en est donc jamais responsable », pointe Sylvaine Pascual. Ainsi, si on se sent mal face à un recruteur, rappelons–nous que c’est nous, et nous seuls, qui générons notre état. Autrement dit – et c’est une très bonne nouvelle ! –, nous ne sommes pas victimes de notre stress. Et pour agir dessus, il faut… AGIR ! « Il faut non seulement le vouloir mais le travailler. Si vous êtes un angoissé chronique face à une situation d’entretien, vous devez faire en sorte d’améliorer votre estime de soi ; tant qu’on ne traite pas cela, on peut faire toute la relaxation que l’on veut, cela ne sert à rien », insiste notre coach.
Enclencher le mode dynamique
Action donc. Vous pouvez travailler seul ou accompagné, sur ce que vous avez identifié ; c’est votre tempérament et votre envie qui décident. « Il importe de prendre le temps et de noter les choses, par écrit ou mentalement. Par ailleurs, pour gagner en confiance en soi, les actions à mener dépendent de la nature de l’inquiétude », souligne Sylvaine Pascual.
Si vos émotions vous amènent à considérer que vous n’avez pas confiance en votre CV, vos actions doivent vous mener à l’améliorer. Si vous n’êtes pas à l’aise avec un point de votre parcours, réconciliez–vous avec lui. « Cela peut passer par un questionnement de cet ordre : Comment mon parcours a–t–il fait de moi le professionnel que je suis aujourd’hui ? De même, faire le point sur ce qui nous a amené là où nous sommes au niveau professionnel, sur les valeurs qui en ont été le fil rouge, permet de recoudre un parcours décousu », suggère Sylvaine Pascual.
Se valoriser c’est reconnaître sa part de responsabilité dans la réussite
Nous sommes facilement dans la culpabilité et la dévalorisation, pour dire combien nous avons été mauvais, combien c’est notre faute si on s’est planté, n’est-ce pas ? Ça marche même quand on réussit, pour aboutir à ce genre de tirade : J’ai eu ce job, oui mais bon, l’entretien était super facile. « Il est important de reconnaître notre part de responsabilité dans notre réussite et d’y croire — il ne s’agit absolument pas de pensée positive pour essayer de se convaincre, qui, si on est un peu dépressif par exemple, aura l’effet inverse de celui recherché », complète–t–elle. D’accord mais après un énième entretien raté, comment faire pour se valoriser ?
> Repassez le film de l’entretien.
> Notez là où vous avez été bon afin de pouvoir vous dire comment reproduire.
> Notez aussi là où vous n’avez pas été bon, pour réfléchir à une autre stratégie.
« Il s’agit d’expérimenter et de se sortir de la tête qu’il existe des solutions miracles. Si vous restez passif, le stress ne risque pas de s’en aller ou de s’amoindrir », signale la fondatrice d’Ithaque Coaching.
En mode victime, cela donne : Mes entretiens se passent mal, c’est de la faute des recruteurs, tous des… Tous des quoi ? « Le rôle de victime, qui est le rôle relationnel le plus fréquent, est totalement déresponsabilisant. Il génère une colère chronique qui ronge de l’intérieur, et donc du stress. Il fait s’enfermer « la victime » dans un monde où le recruteur est un ennemi et dans ce monde, il a peu de chances d’en rencontrer un qui fasse correctement son boulot », souligne–t–elle.
C’est pratique ma foi – pincettes requises pour écrire ceci car certaines personnes ont des histoires de vie tellement difficiles qu’il n’est pas évident pour elles de sortir du rôle de victime –, cela permet d’apitoyer le monde entier sur son sort et donc d’attirer de l’attention, tout en restant passif. Sauf que nous avons dit Action ! Pour sortir de ce rôle, on peut se recentrer sur ce qu’on veut comme job et sur quelles actions se focaliser pour l’obtenir. L’auto–indulgence : oui ; l’auto-complaisance : non.
Sophie Girardeau